« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » — Oncle Ben
Derrière chaque poste d’aiguillage, il y a d’abord des femmes et des hommes. Depuis les débuts du chemin de fer, leur mission est restée la même : préparer et protéger l’itinéraire que suivra le train. Le conducteur maîtrise sa machine, mais la direction qu’il emprunte dépend de l’itinéraire établi depuis le poste d’aiguillage.
Les premiers Aiguilleurs manœuvraient directement les appareils de voie sur le terrain, avant que les commandes ne soient regroupées dans de petites bâtisses, puis dans des cabines dominant les voies. Il fallait alors actionner de lourds leviers, observer les signaux, écouter les sonneries, communiquer avec les postes voisins et, surtout, accomplir chaque opération dans le bon ordre.
Aiguilleur de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest manœuvrant les leviers de son poste.
L’Illustration, 25 septembre 1886 - Reconstitution photographique par IA
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Choisir la direction ne suffit pas : encore faut-il autoriser le train à s’y engager. L’Aiguilleur manœuvre donc les aiguilles, mais aussi les signaux. Les premières forment l’itinéraire ; l’ouverture du signal d’origine l’établit. Les enclenchements veillent à ce que les deux racontent toujours la même histoire.
Aiguilleur de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest manœuvrant un appareil d’aiguillage Vignier
L’Illustration, 4 juillet 1891- Reconstitution photographique par IA
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À mesure que les gares s’agrandissent et que le trafic augmente, une simple erreur peut avoir des conséquences considérables. C’est notamment pour réduire ce risque que furent développés les enclenchements, d’abord mécaniques, puis électriques, afin d’empêcher les manœuvres incompatibles.
La réglementation et les installations sont ainsi conçues pour prévenir plusieurs types d’accidents :
Le nez-à-nez : deux trains se percutent de front.
La prise en écharpe : un train en percute un autre qui traverse sa voie latéralement.
Le rattrapage : un train percute un autre train qui le précède.
Le déraillement : qui, lui, porte assez bien son nom.
Mario & Luigi: Switchmen Saga
M. Toussaints Macé entra aux Chemins de fer de l’État en 1905. Il fut nommé successivement : aiguilleur en 1911, chef aiguilleur en 1926, enfin chef aiguilleur principal en 1933.
L'Ouest-Eclair 6 janvier 1935
M. Henri Lechaud (57 ans) est le doyen des aiguilleurs. Il est entré
dans les chemins de fer à 23 ans et travaille à Rennes depuis 1914.
L'Ouest-Eclair 26 octobre 1932
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Avec le temps, l’effort physique s’est peu à peu effacé. Aux grands leviers mécaniques ont succédé de petits leviers commandant à distance un moteur d’aiguille, puis les manettes, les boutons d’itinéraire et, enfin, l’informatique.
Aiguilleur au Poste de Port-Cahours
L'Ouest-Eclair 23 novembre 1934
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Aiguilleurs au Poste Central
Table MORS à leviers particuliers d'itinéraires
Ouest-France 17 décembre 1959
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Aiguilleur au Poste 2
EMU45
La Vie du Rail 22 novembre 1964
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Pour autant, les technologies anciennes n’ont pas totalement disparu. Certaines aiguilles sont encore manœuvrées à pied d’œuvre et des leviers mécaniques subsistent, comme les leviers de type V du Poste E de Rennes.
Dans les faits, les différentes générations de technologies ne se remplacent pas toujours brutalement : elles se côtoient parfois quotidiennement, avec plusieurs décennies d’écart entre elles.
Leviers Type V sans crans au Poste E
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Aiguilleur au Poste A
Table Aster
Aiguilleur au Poste A
PEI / PMV
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Meuble à billes au Poste A
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« Le changement est le processus essentiel de toute existence. » — Spock
Dans un poste classique, l’Aiguilleur manœuvre les leviers et assure certaines procédures de sécurité simples. L’Agent Circulation gère les mouvements ainsi que les procédures de sécurité plus complexes, notamment lors de travaux ou d’incidents. Dans les postes importants, comme le Poste Central de Rennes, plusieurs Aiguilleurs peuvent travailler aux côtés d’un Agent Circulation chargé des procédures de sécurité et d’un Chef Circulation chargé de la gestion des mouvements.
Dans les postes modernes, les leviers ont disparu et, avec eux, l’Aiguilleur : ses missions sont désormais assurées par l’Agent Circulation. Le champ d’action s’est lui aussi considérablement agrandi. Là où un Aiguilleur ne commandait autrefois que quelques aiguilles à proximité immédiate de son poste, un Agent Circulation peut aujourd’hui commander des installations situées à grande distance.
Agent Circulation aux Postes 26, 44 et 45
SEI sous IHM Mistral
Reconstitution photographique par IA
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Les outils ont changé, les métiers ont évolué, mais certains principes de sécurité demeurent ainsi que le vocabulaire : que l’on change la direction d’un aiguillage ou que l’on ouvre un signal, à pied d’œuvre ou à des centaines de kilomètres.
Ils ont, par ailleurs, perdu l'uniforme...