LE POSTE X

« Sa place est dans un musée ! » — I. Jones
Il est difficile de trouver des archives retraçant l’histoire des postes d’aiguillage de Rennes. La presse de l’époque constitue toutefois une source précieuse : la vie du chemin de fer, jusque dans ses aspects techniques, occupait volontiers les colonnes des journaux. Un article dans un vieux numéro de L’Ouest-Éclair et voilà l’irrépressible envie de tout savoir sur ce poste.
Nous l'appellerons Le Poste X.
Extrait de l'article Une enquête sur le Rail par Yann Loranz
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« Je l’ai lu sur Wikipédia, donc c’est vrai. » — Internet
Mais quel est donc ce poste avec ce presque matelot ? Réflexe d'une génération, lorsque l'on se pose une question, Wikipédia est là. La page sur la gare de Rennes nous apportent quelques données sur son histoire mais surtout un plan. Un plan de la gare de 1887 ! Nous pouvons voir les mentions Poste 2, Poste 3 et Poste 4, ce dernier étant situé au pont de Châtillon qui deviendra le pont de l'Alma.
Extrait du plan de la gare de Rennes —1887
Plan de la gare de Rennes, 1887. Archives municipales de Rennes, 2 Fi 683
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La quête du Poste X continue... L'article suivant nous conte l'histoire d'un autorail qui déraille au Poste 4 situé au pont de Châtillon, photographie intéressante, mais qui n'apporte pas d'indices supplémentaires.
L'Ouest-Eclair 20 août 1935
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Le pont de Châtillon se situe à l’ouest de la gare de Rennes. Sur cette photographie prise en 1921, on l’aperçoit à gauche, vers le milieu de l’image. Une partie des installations ferroviaires est également visible, mais aucun bâtiment ne peut être distingué à proximité du pont. Au centre se dresse la caserne du Colombier ; on reconnaît aussi le Champ-de-Mars et la place de la Gare. Juste hors cadre, sur la gauche, se trouve la prison des femmes : des photographies de la même époque prises à son niveau pourraient offrir un point de vue particulièrement intéressant sur la gare. Mais existent-elles ?

juin 1921

Paillard Fred, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais

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Après la presse de l’époque, les collections en ligne du Musée de Bretagne constituent une véritable mine d’or pour poursuivre l’enquête. Une simple recherche sur « Rennes voie ferrée » fait notamment apparaître cette photographie.

Laurent Henri, Licence CC-BY-NC-ND, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais​​​​​​​

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La vue n’a rien de bucolique : une partie de l’enceinte de la prison, une rue, des immeubles, des voies ferrées et plusieurs bâtiments ferroviaires… Parmi eux, au bord des voies, un bâtiment semble soudain donner corps à la description du journaliste :
« Une curieuse bâtisse dont l’aspect est familier aux usagers des gares : elle semble montée sur pilotis. Toute habillée à sa base de briques rouges et jaunes, elle est surmontée d’un belvédère auquel on accède par un escalier à claire-voie. »

Nous avons probablement trouvé le Poste 4 !

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« Tout le monde ment. Les indices, eux, ne mentent pas. » — Batman
Les Champs Libres sont un établissement culturel rennais. Ouverts toute l’année, ils réunissent une bibliothèque, le musée de Bretagne, l’Espace des sciences, ainsi que des espaces d’exposition et de rencontre.
Puisque nous sommes sur place, allons voir ce que la Bibliothèque possède sur la gare de Rennes. Parmi les résultats figure un document au titre aussi précis que prometteur : « Chemins de fer : installation de manœuvres et enclenchements électro-pneumatiques d’appareils de voies et de signaux au poste 4 de la gare de Rennes-État », par Marcel Poupard [1922]. 

Nous voilà comme Indiana Jones devant l’idole d’or : le trésor est là, les pièges en moins.

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« Position normale des aiguilles », « signal carré », « tiroir » : un vocabulaire et un schéma qui nous sont encore familiers aujourd’hui.

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Peut-être la plus belle découverture de ce document.

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Le dossier n’est pas clos pour autant. Rien ne permet d’affirmer avec certitude que le poste décrit dans l’article est bien le Poste 4. Le journaliste évoque une installation fonctionnant à l’air comprimé : un indice sérieux, puisque celui-ci était équipé d’un système Westinghouse. Mais il pourrait tout aussi bien s’agir du Poste 2 ou du Poste 3, sur lesquels nous ne disposons que de très peu d’informations.
En croisant le plan de 1887 avec deux cartes postales anciennes, il est néanmoins possible de proposer une identification de ces deux postes. Sous toutes réserves, nous pensons les reconnaître dans les bâtiments suivants :

Identification proposée : Poste 2

Identification proposée : Poste 3 - au centre de l’image

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Peut-être les archives livreront-elles un jour, sur les Postes 2 et 3, des documents aussi précieux que celui consacré au Poste 4. En attendant, leur histoire conserve encore une part de mystère.
Le Poste 2 évoqué ici est peut-être le premier à avoir porté ce numéro à Rennes. L’appellation, elle, survivra au bâtiment et traversera tout le XXᵉ siècle jusqu’à nos jours.
Au début des années 1940, les Postes 2, 3 et 4 cèdent la place à un poste unique, le Poste Central.

Une photographie ancienne, quelques indices… et l’IA pour tenter de retrouver ce qu’était l’intérieur du Poste 4.

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