En 1949, René Delahaye, journaliste à Ouest-France, pousse la porte du Poste central et en décrit le fonctionnement dans un article du 28 mai, malicieusement titré :
« Où la sécurité des voyageurs dépend de trois hommes qui ne regardent pas les voies ».
Au premier étage, la salle des relais offre aux regards du profane un inextricable réseau de fils, d’appareils enfermés dans des boîtes de verre, de fusibles dont le nombre impressionnant laisse supposer le casse-tête chinois du chef d’entretien et de ses aides chargés de déceler une panne toujours possible tout au long des méandres formés par les nombreux kilomètres de fil conducteur de courant.
Quittons cette pièce quasi sans air, et nous arrivons au domaine du chef de sécurité, une vaste salle éclairée sur trois de ses côtés par de grandes baies vitrées qui laissent apercevoir sur la gare toutes les voies.
Le chef de sécurité, qui a le grade de sous-chef de gare de première classe, se trouve au centre, tournant le dos à la gare. Il a, à portée de sa main, le téléphone et une batterie de clefs qui lui permettent de recevoir les appels des postes du Port-Cahours et du Triage, ou d’appeler ces derniers pour être toujours en étroite liaison avec tous les services de la gare. À ses côtés, son adjoint, qui note sur un graphique l’ensemble des mouvements. Au poste central, il s’agit en effet de prendre la direction virtuelle des trains qui passent en gare. Le chef de poste doit guider les convois depuis leur entrée dans son domaine à travers le dédale des voies, les conduire aux quais où ils sont attendus, prévoir le passage ou l’arrivée d’un autre train venant d’une autre direction, libérer la voie au bon moment.
Le profane reste rêveur devant un tel travail. Pour le voyageur, qui n’a d’autre souci en tête que celui de ne pas rater son train, il semble tout simple que celui où il doit prendre place entre en gare au bon endroit, qu’il croise un convoi et sorte avec facilité de cet enchevêtrement. Pour celui qui regarde le cerveau fonctionner, c’est un casse-tête ; mais pour l’homme qui dirige ce cerveau, tout n’est qu’une question de méthode d’attention et de sang-froid.
En face du chef de poste se trouve la table des leviers et signaux, et au mur un vaste tableau lumineux représentant en schéma l’ensemble des voies de la gare de Rennes.
Grâce aux traits lumineux blancs et rouges qui s’inscrivent sur ce schéma des voies, le chef de poste et les deux aiguilleurs n’ont pas besoin de se retourner pour connaître la position des convois. Ici, en effet, ces trois hommes voient tout par le tableau et effectuent leur travail en tournant le dos aux voies.
Vingt fois, cinquante fois, cent fois par jour, le chef du poste central fait ainsi face aux plus lourdes responsabilités. Grâce à lui, les voyageurs peuvent se laisser bercer doucement par la cadence des essieux sur le double ruban d’acier des voies.