LE TRIAGE

Octobre 2034
Il est 4 h 00. Le réveil sonne. Il se lève et regarde machinalement les notifications météo : 24 °C à 6 h 00 — vigilance jaune fortes chaleurs. Une journée d’automne débute.

Il fait couler un café, donne à manger à son chat, vérifie que la batterie de son vélo électrique s’est bien rechargée sous l’ombrière photovoltaïque et enfile son gilet de sécurité connecté. Il habite à dix minutes du triage de Rennes où il est aiguilleur à SNCF Réseau.
Il arrive sur le parking du Poste A, gare son vélo puis traverse les voies à l’entrée du triage de Villebois. Les manœuvres sont devenues rares sur cet ancien faisceau, mais il applique prudemment les règles pour emprunter le passe-pied. La dizaine de voies de service restantes semble bien vide. Seule la végétation les occupe encore. Au loin, il aperçoit les TGV de dernière génération sur les premières voies du chantier de Villebois-Garage.

Il monte les deux étages du bâtiment par l’escalier en béton. Son collègue de nuit est à la fenêtre, pensif. Ils se saluent d’un hochement de tête.
— Rien à signaler. La nuit a été calme. J’ai laissé la clim, tu verras bien…
La remise de service est simple. Il s’installe au bureau, près du meuble à billes, inactif depuis presque 30 ans.
Il commence sa journée, seul.

Pris le service le jeudi 12 octobre 2034 à 05 h 00.
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Octobre 1984
Il est 4 h 00. Le radio-réveil sonne. Il se lève. Il fait bon dans la maison, mais un peu frais dehors. Une journée d’automne débute.

Il fait couler un café, donne à manger au chat, démarre sa vieille Peugeot 505 GRD « pour qu’elle chauffe » et allume une cigarette. Il habite à trente minutes du triage de Rennes où il est aiguilleur à la SNCF.
Il arrive sur le parking du Poste A et gare sa 505 entre une BX rutilante et une vieille Simca 1100. Une machine est évacuée de la voie 12 de Villebois via le contournement pendant qu’un débranchement se fait par la bosse A. Difficile de traverser par le passe-pied. En attendant, il discute avec le chef de brigade qu’il connaît depuis vingt ans tout en regardant un train de desserte partir au loin.

Il monte enfin les deux étages du bâtiment, s’arrête au Poste 2 pour saluer ses collègues et entre au Poste A dans un nuage de fumée. Au fond, il salue le chef de service,  le chef FRET au téléphone avec la régulation et l’aiguilleur au meuble à billes, bien content de voir arriver sa relève.

— Alors là, on termine le tri du Saint-Pierre qui est arrivé en retard. Dans la 8 de Baud, le Brest devrait pas tarder, on a mis la machine dessus il y 20 minutes. Et la manœuvre est partie au Polygone. Y’a l’aiguille 402 qui décontrôle depuis 2 h 00 ce matin.

Il s’installe au bureau du freineur, devant le meuble à billes dans lequel la dernière bille vient de tomber. 
La journée commence dans le bruit des trains qui sifflent, l'interphone qui sonne et des discussions à propos du match de la veille.

Pris le service le vendredi 12 octobre 1984 à 05 h 00.
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Octobre 1934
Il est 4 h 00. Le réveil mécanique sonne. Il se lève. Il fait frais dans la maison comme dehors. Une journée d’automne débute.

Il réchauffe le café, donne du lait au chat, vérifie la pression des pneus de son vélo Peugeot et rallume son mégot de la veille. Il enfile son pantalon et sa veste de drap bleu sombre, fermée par des boutons de laiton frappés des lettres « ÉTAT », ajuste son képi portant l’insigne du réseau et passe sa blouse de travail par-dessus. Il habite à quinze minutes du triage de Rennes où il est aiguilleur au Réseau de l’État.
Il arrive au Poste A et pose son vélo près de l’entrée. Le bâtiment a été construit cette année, mais il n’est pas encore en service. Un poste d’aiguillage assez classique : deux étages, avec de grandes baies vitrées au dernier niveau. À l’intérieur doivent être installées des technologies modernes dont, paraît-il, un système destiné à faciliter le tri des wagons à l’aide de billes d’acier.
Ses collègues de nuit retournent des aiguilles sur le terrain coté Villebois pour former le train de 05h58 et le lampiste tire sa charrette rempli de lanternes.

Son mégot vient de s'éteindre, il le rallume en montant bruyamment le vieil escalier extérieur de la cabine d’aiguillage pour relever son collègue de nuit. Sur le palier du haut il s'arrête et regarde le poste A, éteint.

— Avec des billes…, s'étonne-t-il.
Il rentre dans le poste, serre la main de son collègue de nuit.

— T’as vu pour Barthou dans L’Éclair ? On est mal partis… Sinon, rien à signaler. La nuit a été calme.

Il s’assoit sur une chaise de bois, ajoute quelques morceaux de charbon dans le poêle et regarde son collègue sortir du poste.

Pris le service le vendredi 12 octobre 1934 à 05 h 00.
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Octobre 1884
Il est 4 h 00, le réveilleur frappe à la porte. Il se lève. Il fait particulièrement frais ce matin. Une journée d’automne débute.

Il réchauffe un café, donne du lait au chat, il enfile son pantalon et sa lourde tunique de drap bleu nuit, fermée jusqu’au col par de gros boutons bombés en laiton aux armes des Chemins de fer de l’Ouest, chausse ses brodequins de cuir noir et ajuste son képi rigide avant de passer son bourgeron de travail.. Il habite dans un logement de cheminot de la gare de Rennes où il est aiguilleur à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest.
Pris le service le vendredi 12 octobre 1884 à 05 h 00.
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