MOI, POSTE 
 
Inspiré par le concept de la nouvelle "Moi, fusée" de Ray Bradbury.
Il ne faudra encore que quelques années avant que je ne m'éteigne complètement. Vieux poste délabré et rouillé… Plus rien ne semble pouvoir arrêter mon lent déclin, c'est ainsi. Je me retrouve seul au milieu de cette vieille gare abandonnée, mon alimentation coupée, mes murs envahis de lierre et pour seul voisin un bâtiment de briques éteint depuis longtemps. Voilà ce que je suis devenu…
Avant de m'éteindre pour de bon, je peux encore faire une chose : me souvenir. De ceux qui m'ont fait vivre, de tout ce que j'ai vu… et de la façon dont tout a commencé.
Je ne me souviens pas de ma naissance.

On m'avait conçu comme un « super poste », destiné à remplacer plusieurs postes devenus trop anciens. Ma construction avait duré des mois. Il avait fallu me relier à mon environnement. 
Mon plus ancien souvenir remonte au jour où mes relais ont été alimentés.
Ce jour-là, j'ai commencé à ressentir.
Je savais où se trouvaient les trains, dans quelle position étaient les aiguillages et quel était l'état de la signalisation. À travers mes circuits, je pouvais percevoir ce qui se passait sur des kilomètres de voies.
Je sentais le courant parcourir mes relais. Certains montaient, d'autres retombaient. Les aiguilles étaient à droite ou à gauche, les voies libres ou occupées.
Que d'informations ! Tout cela était nouveau pour moi.
Et puis, très rapidement, un bruit me surprit. Un bruit qui allait accompagner mon quotidien pendant des décennies.
« Clac ! »
Puis un autre. Et encore un autre.
À chaque clac, mes relais changeaient d'état.
Je ne faisais pas que ressentir, j'agissais !
Je commandais les aiguilles, certaines à gauche, d'autres à droite. Trois, quatre, parfois cinq à la suite ! Je découvrais peu à peu l'étendue de mes possibilités.
Mais une question me tracassait.
Qu'est-ce qui pouvait bien produire ce « clac » ?
J’ai très vite découvert que je n’étais pas seul. D’étranges créatures fourmillaient en moi. C’étaient elles qui produisaient ce “clac”, en manœuvrant mes leviers.
On les appelait les humains.

C'étaient de petits êtres, du moins comparés à moi. Ils se déplaçaient sans rails, changeaient de direction sans prévenir et possédaient une étonnante faculté à faire du bruit.
Ils passaient une grande partie de leur temps à manipuler mes leviers, à surveiller mes voyants et à observer de curieuses feuilles de papier.
Et je découvris une chose assez surprenante : malgré mes centaines de relais, mes tonnes de métal et mes kilomètres de câbles, ces petites créatures avaient le pouvoir de me commander, de m'entretenir et de me réparer.
Ils avaient une caractéristiques étonnante : un prénom. Toussaint, Henri, Francis, Sylvie et tant d'autres.
Ils passaient parfois quelques mois ou quelques années entre mes murs et puis s'en allaient. Malgré leur absence il arrivait que l'on parle parfois d'eux longtemps après. Je n'ai pas retenu tous les prénoms ni combien sont passés pendant presque un siècle  mais je me souviens de certains.
Celui qui posait toujours sa main près des leviers pour me dire bonjour, je reconnaissais ce contact immédiatement.
Celle qui chantonnait en traçant des itinéraires.
Ou celui qui fumait 
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